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Julie Ears
Histoire & coulisses

La saga de Thunder Mesa : trois attractions, une seule histoire

Big Thunder Mountain, Phantom Manor et le Thunder Mesa Riverboat ne sont pas trois attractions séparées. Ce sont trois chapitres d’une même histoire : celle d’une ville fictive de l’Ouest américain, Thunder Mesa, née de la ruée vers l’or et détruite par une malédiction. Tout part d’un homme, Henry Ravenswood, et d’une montagne qu’il n’aurait jamais dû profaner. Derrière ce récit, il y a aussi une vraie histoire : celle des Imagineers qui ont bâti ce coin de Frontierland, en s’appuyant sur des idées remontant aux origines de Disneyland.

Julie
+200 visites depuis 2023 · Mis à jour le 13 juillet 2026
Panneau en bois « Welcome to Thunder Mesa » au-dessus de vieilles machines minières à Frontierland, Disneyland Paris.

Vous pouvez adorer cette histoire sans avoir jamais mis les pieds dans une seule de ces attractions, et c’est tout l’intérêt. Disney a imaginé pour son Frontierland parisien un récit complet, soigné, qui se déploie sur trois lieux à la fois. Je vous le raconte ici comme une histoire, en m’appuyant sur la version officielle (celle de Disneyland Paris, qui diffère parfois des autres parcs).

Puis je passe de l’autre côté du décor : comment, par qui et dans quel contexte ces attractions ont vraiment été construites. Vous verrez : une fois que vous tenez le fil, vous ne regardez plus jamais Frontierland de la même façon.

L’histoire de Thunder Mesa : la ville née de l’or

Thunder Mesa est une ville imaginaire de l’Ouest américain, posée au pied d’une montagne rouge dans un désert hostile. Son destin tient en une phrase : elle est née de l’or et morte de la malédiction qui le gardait.

Au milieu du XIXe siècle, des chercheurs descendent dans cette région à la recherche de minerai.

La découverte d’une riche veine d’or dans Big Thunder Mountain déclenche une ruée : en quelques années, le désert se couvre d’une ville animée, avec ses commerces de l’Ouest (l’entrée fortifiée de Fort Comstock, le Thunder Mesa Mercantile Building, le Lucky Nugget Saloon fondé en 1858 par Miss Diamond Lill). C’est là qu’entre en scène l’homme autour duquel tout va tourner.

Henry Ravenswood, prospecteur né en 1795, frappe le filon en 1853. Il fonde la Thunder Mesa Mining Company, devient propriétaire de la mine de Big Thunder Mountain et l’homme le plus riche de la région, et donne naissance à la ville de Thunder Mesa. Sur Boot Hill, la colline qui domine la ville et qui est dédiée à ses familles fondatrices, il fait construire un grand manoir victorien où il s’installe avec sa femme Martha (née en 1802) et leur fille unique, Melanie (née en 1842). C’est sur cette même colline que se trouve le cimetière de la ville, où reposent les tombes des Ravenswood.

Voilà le décor. Une ville prospère, une famille puissante, une montagne pleine d’or. Tout semble réuni pour une réussite, et c’est précisément là que l’histoire bascule.

L’histoire de Big Thunder Mountain : la montagne maudite

Avant les chercheurs d’or, il y avait une légende. Selon le folklore amérindien local, Big Thunder Mountain abrite le Thunderbird, l’oiseau-tonnerre : un esprit gardien, sous la forme d’un oiseau géant, qui veille sur l’or et l’argent cachés dans la montagne.

Quiconque ose lui voler son trésor s’expose à sa colère, et il lui suffit d’un battement d’ailes pour déchaîner les éclairs et déclencher un tremblement de terre. Henry Ravenswood, lui, n’a jamais cru à ces histoires.

Pendant quelques années, la mine produit de grandes quantités d’or, et la malédiction semble n’être qu’une superstition. Mais l’or finit par se raréfier. Pour continuer à creuser, les mineurs sortent la dynamite et attaquent la roche en profondeur. Cette profanation réveille le Thunderbird, et les phénomènes inexpliqués reprennent : la montagne gronde, les wagons s’emballent, la mine devient incontrôlable. C’est ce déchaînement que vous vivez à bord du train minier.

À Disneyland Paris, cette montagne occupe une place à part. Big Thunder Mountain, que les visiteurs français appellent souvent Le Train de la Mine, se dresse sur une île, au milieu des Rivers of the Far West, là où les autres parcs Disney installent généralement l’île de Tom Sawyer. Vous y accédez depuis une gare au bord de la rivière, par deux tunnels qui passent sous l’eau pour rejoindre l’île : une particularité unique à la version parisienne.

C’est aussi un train de mine emballé (un runaway mine train), c’est-à-dire un parcours de montagnes russes thématisé en mine en perdition.

Côté pratique (la file, la taille minimale, les sensations), tout se trouve sur la fiche de l’attraction : Big Thunder Mountain. Ici, retenez surtout que cette montagne n’est pas un simple grand huit : c’est la cause de tout ce qui suivra. Henry Ravenswood en possédait la mine, et c’est elle qui relie directement la montagne au manoir des Ravenswood.

La catastrophe de 1860 et les trains hantés

En 1860, la colère du Thunderbird atteint son comble. Un séisme massif frappe Thunder Mesa : il détruit la mine, fait s’effondrer une partie de la ville dans un canyon et tue de nombreux habitants, dont Henry Ravenswood et son épouse Martha. La ville, privée de ses fondateurs et de son or, est peu à peu abandonnée.

Après la catastrophe, un phénomène étrange est rapporté : les locomotives sont retrouvées en train de filer seules autour de la montagne, sans conducteur ni équipage, comme possédées. C’est de là que vient l’attraction telle que vous la connaissez : le Big Thunder Mountain Railroad est imaginé dans l’ancien camp minier pour permettre aux visiteurs de monter à bord de ces trains fous et de revivre la malédiction.

Le séisme de 1860, lui, ne détruit pas que la montagne : c’est le même drame qui amorce l’histoire du manoir des Ravenswood.

L’histoire de Phantom Manor : la mariée et le Phantom

Le manoir des Ravenswood, sur sa colline, domine la ville et la montagne. C’est le théâtre de la partie la plus sombre du récit. Et c’est l’une des rares versions de la Haunted Mansion à posséder une vraie histoire officielle, ancrée dans l’Ouest américain plutôt que dans un manoir générique.

Melanie grandit dans ce manoir, l’un des plus beaux partis de Thunder Mesa, courtisée par de nombreux prétendants. Le problème, c’est son père : Henry ne supporte pas l’idée de la voir partir avec un autre homme.

La version officielle, telle qu’elle est aujourd’hui racontée, est glaçante : le Phantom, ce narrateur menaçant qui règne sur le manoir, c’est Henry Ravenswood lui-même. Pour garder sa fille auprès de lui, même par-delà la mort, il a empoisonné l’un après l’autre les prétendants de Melanie.

Quatre hommes l’ont courtisée, quatre hommes sont morts. À force d’attendre et de perdre ceux qu’elle aime, Melanie sombre dans la folie et erre pour l’éternité dans les couloirs, en robe de mariée, son bouquet à la main.

Cette identité du Phantom a longtemps été tenue secrète. Pendant des années, l’attraction entretenait volontairement l’ambiguïté ; c’est la grande rénovation de 2018 qui a clarifié et officialisé ce récit.

Pour visiter le manoir (file, déroulé de la visite, conseils d’accès), c’est sur la fiche : Phantom Manor.

Les quatre prétendants de Melanie et leur fin

Les quatre prétendants ont tous un métier lié à l’économie de Thunder Mesa, et leurs noms sont des jeux de mots à l’américaine, chacun annonçant une mort assortie de son métier (l’humour noir cher aux Imagineers). Leurs destins se devinent dans le Salon de Musique et dans la Crypte du manoir.

PrétendantSon métier et sa fin
Barry ClaudeExploitant pétrolier, dévoré par une ourse et son petit.
Sawyer BottomPropriétaire de la scierie de Thunder Mesa, attaché à une bûche et coupé en deux par sa propre scie circulaire.
Captain Rowan D. FallsCapitaine de bateau fluvial, tombé d’une cascade à bord d’une barque.
Ignatius "Iggy" KnightFabricant de dynamite fournisseur de la mine, mort dans une explosion au fond de Big Thunder Mountain.

L’histoire du Thunder Mesa Riverboat : le bateau qui relie tout

À l’apogée de Thunder Mesa, la richesse attire le commerce et les voyageurs. C’est ainsi qu’apparaissent un élégant embarcadère, le Thunder Mesa Riverboat Landing, et deux bateaux à aubes qui sillonnent les Rivers of the Far West : le Mark Twain et le Molly Brown.

Leurs noms ne doivent rien au hasard. Le Mark Twain rend hommage à l’auteur de Tom Sawyer (de son vrai nom Samuel Langhorne Clemens), dont Walt Disney était fan depuis l’enfance. Le Molly Brown, lui, porte le nom de "l’insubmersible" Molly Brown, survivante du naufrage du Titanic, et reprend la silhouette des bateaux à aubes qui remontaient les rivières de l’Ouest pendant la ruée vers l’or.

Depuis le pont, la croisière fait le tour de l’île et offre la meilleure vue d’ensemble sur Thunder Mesa : la montagne d’un côté, le manoir des Ravenswood perché sur sa colline de l’autre, et tout autour les décors de la rivière (un vieux pêcheur endormi, des geysers à la Yellowstone, des ossements de dinosaures). Le bateau, c’est le point de vue qui vous fait comprendre que les trois lieux appartiennent au même monde.

Pour la croisière en pratique (et le bateau réellement en service), voyez la fiche du Thunder Mesa Riverboat. Bon à savoir : de nouvelles scènes animées (bisons, ratons laveurs et autres animaux de la prairie inspirés des dessins de Marc Davis) ont été ajoutées tout autour des Rivers of the Far West, à découvrir depuis le pont du Molly Brown. L’embarcadère (Thunder Mesa Riverboat Landing) reste ouvert.

Comment les trois histoires s’imbriquent

Voici le nœud du récit, celui qui transforme trois attractions en une seule saga. L’or de Big Thunder Mountain fait la fortune d’Henry Ravenswood. Cette fortune lui permet de bâtir la ville de Thunder Mesa et le manoir sur la colline. Mais l’exploitation à la dynamite profane la montagne et réveille le Thunderbird. Sa colère provoque le tremblement de terre de 1860, qui tue Henry et Martha.

Henry revient alors sous les traits du Phantom pour hanter le manoir et condamner Melanie à une attente sans fin. La ville, privée de ses fondateurs et de son or, décline et se vide. Et le Riverboat, désormais, navigue au milieu de ces ruines hantées.

Une seule colère, trois destins. La montagne, le manoir et le bateau racontent ensemble la naissance, l’apogée et la chute de Thunder Mesa.

1853

: Découverte de l’or :: Henry Ravenswood frappe le filon dans Big Thunder Mountain et fonde la Thunder Mesa Mining Company. La ville de Thunder Mesa naît dans la foulée.

années 1850

: L’apogée :: Thunder Mesa prospère. L’embarcadère et le Riverboat arrivent sur la rivière, le manoir s’élève sur Boot Hill.

avant 1860

: La profanation :: L’or se raréfie. La dynamite creuse la montagne et réveille la colère du Thunderbird.

1860

: Le tremblement de terre :: Le séisme détruit la mine, engloutit une partie de la ville dans un canyon et tue Henry et Martha Ravenswood.

après 1860

: Les trains hantés et le manoir :: Les locomotives filent seules autour de la montagne, sans conducteur. Henry revient en Phantom, Melanie attend pour l’éternité en robe de mariée.

aujourd’hui

: La ville abandonnée :: Thunder Mesa est désertée. Le Riverboat navigue au milieu des ruines hantées.

Les personnages de Thunder Mesa

PersonnageSon rôle
Henry RavenswoodProspecteur né en 1795, découvreur de l’or et fondateur de Thunder Mesa, propriétaire de la mine de Big Thunder Mountain. Tué par le séisme de 1860, il revient en Phantom pour empêcher tout mariage de sa fille.
Martha RavenswoodSon épouse, née en 1802, morte avec lui dans le tremblement de terre.
Melanie RavenswoodLeur fille unique, née en 1842. Mariée abandonnée qui erre dans le manoir en robe de mariée, son bouquet à la main, avant de sombrer dans la folie.
Le PhantomLe narrateur menaçant qui règne sur le manoir, longtemps ambigu, révélé comme étant Henry Ravenswood lui-même.
Le ThunderbirdL’oiseau-tonnerre du folklore amérindien, oiseau géant gardien de l’or et de l’argent, qui déclenche éclairs et séismes d’un battement d’ailes. La cause commune de toute la catastrophe.

Les coulisses : comment Thunder Mesa a vraiment été construit

Voilà pour le récit imaginaire. Passons maintenant de l’autre côté du décor, car la vraie histoire de Thunder Mesa est tout aussi intéressante. Les trois attractions ont ouvert avec le parc, le 12 avril 1992 (le parc s’appelait alors Euro Disneyland). C’est une particularité notable : Big Thunder Mountain est la seule des quatre montagnes Big Thunder dans le monde à avoir ouvert dès le premier jour de son parc.

Derrière ce coin de Frontierland, il y a une équipe : les Imagineers de Walt Disney Imagineering, sous la direction de Tony Baxter, le concepteur exécutif chargé d’adapter les grands classiques Disney au goût d’un public européen.

Plutôt que de copier les versions américaines, Baxter et son équipe ont décidé de relier toutes les attractions de Frontierland à un même décor narratif : la ville de Thunder Mesa, une idée qui puise dans les concepts d’un projet imaginé des années plus tôt par le légendaire Imagineer Marc Davis. L’ambition : que la montagne, le manoir et la rivière racontent une seule histoire cohérente.

C’est ce parti pris qui rend le Frontierland parisien différent (et, pour beaucoup, plus abouti) que ses cousins américains.

Pour situer Frontierland dans la grande histoire du parc (sa construction, ses lands, ses évolutions), rendez-vous sur l’histoire de Disneyland Paris. Vous pouvez aussi lire l’histoire de Space Mountain, l’autre grande montagne du parc, ou prendre du recul avec les parcs Disney dans le monde.

Phantom Manor : une idée née aux origines de Disneyland

L’idée d’une maison hantée dans un parc Disney est bien plus ancienne que le parc parisien : elle remonte aux origines de Disneyland en Californie. Walt Disney parlait à l’époque d’une "maison de retraite pour fantômes", une idée imaginée dès 1951.

En 1952, l’Imagineer Harper Goff en dessine une première version, déjà liée à l’idée du Vieil Ouest. En 1953, Sam McKim dessine le bâtiment et l’attraction prend le nom de Haunted Mansion, qui s’imposera définitivement en 1957.

Quand les Imagineers conçoivent Phantom Manor pour Paris, ils se replongent dans ces premières versions, et notamment dans le dessin de Harper Goff inspiré des riches demeures américaines de la seconde moitié du XIXe siècle. Phantom Manor n’est donc pas une copie de la Haunted Mansion américaine : c’est une cousine, bâtie sur les mêmes racines mais ancrée dans son propre univers western.

Les inspirations du manoir

  • L’architecture s’inspire de la Fourth Ward School de Virginia City (Nevada), une ville née de la ruée vers l’or et l’argent du Comstock Lode, contexte très proche de Thunder Mesa. Style victorien (bardage bois, niveaux multiples, porche) auquel s’ajoutent des éléments Second Empire : toit mansardé à lucarnes et tour centrale carrée.
  • Une rumeur tenace veut que la façade s’inspire de la maison de Norman Bates dans Psychose (Hitchcock, 1960). C’est faux : le dessin de Harper Goff dont s’inspirent les Imagineers est antérieur au film.
  • Le personnage et l’histoire puisent dans des sources européennes revisitées, en particulier Le Fantôme de l’Opéra de Gaston Leroux (1910) et la famille Addams, avec des influences de Charles Dickens, Washington Irving et Edgar Allan Poe.
  • La Galerie de Portraits s’inspire du roman de Walter Scott La Fiancée de Lammermoor.
  • Le nom "Le Manoir des Fantômes" a été envisagé, mais les Imagineers voulaient une sonorité américaine : ce fut donc "Phantom Manor".

Le parcours, scène par scène

Avant même d’entrer, la façade pose le ton : c’est la seule Haunted Mansion des parcs Disney à thématique western, et la seule à afficher un aspect volontairement délabré. L’illusion d’usure est renforcée par des couleurs plus ternes sur le côté droit, là où, dans l’Ouest, le mauvais temps arrive le plus souvent (par l’est).

Dans les jardins, tout évoque l’abandon : saules pleureurs, cyprès, arbres penchés, un kiosque, une musique lancinante en boucle, des lumières de chandelle et des silhouettes aux fenêtres (dont Melanie, une bougie à la main).

1 Étape 1

Les trois scènes d’introduction

Le Foyer (qui retrouve son lustre une fois les portes refermées), la Pièce Secrète (mur coulissant et transformations) et la Galerie de Portraits (tableaux changeants). C’est ici que vous entendez la voix de Melanie depuis la rénovation.

2 Étape 2

Le Grand Escalier

Un orage gronde derrière la baie vitrée. Les domestiques des Ravenswood invitent à embarquer dans les Doom Buggies.

3 Étape 3

Le Corridor

Apparition de Melanie dans un vestibule sans fin, portes qui se courbent, horloge qui sonne treize coups, tapisserie inquiétante. Tous ces éléments existent depuis l’ouverture de 1992.

4 Étape 4

Le Salon de Musique

Une version sinistre de la Marche nuptiale de Wagner. Les couronnes mortuaires des quatre prétendants y ont été ajoutées en 2018.

5 Étape 5

La séance de spiritisme

Madame Leota, tête flottant dans une boule de cristal, invoque les esprits. Une scène commune à toutes les Haunted Mansion.

6 Étape 6

La Salle de Bal

Melanie contemple depuis le haut de l’escalier une réception fantomatique. L’orgue est une reproduction fidèle de celui de la Haunted Mansion de Californie, lui-même inspiré de l’orgue du Capitaine Nemo dans 20 000 lieues sous les mers (Disney, 1954).

7 Étape 7

La Crypte

Le Phantom montre une tombe fraîchement creusée, puis vous descendez vers un souterrain peuplé de squelettes animés, sur fond de "Grim Grinning Ghosts". Elle abrite désormais les tombeaux des quatre prétendants.

8 Étape 8

Phantom Canyon

Le grand final, version "fantôme" de la ville de Thunder Mesa, riche en Audio-Animatronics : attaque de banque, maire à tête de mort, apothicaire qui se transforme après une de ses décoctions, partie de poker de joueurs invisibles dans un saloon en ruine. Une dernière apparition de Melanie dans une galerie de miroirs précède le retour au monde des vivants.

La technique : Doom Buggies, illusions et animatroniques

Les véhicules de Phantom Manor s’appellent les Doom Buggies. Ils utilisent le système Omnimover, imaginé par les Imagineers dans les années 1960 et développé par WED Enterprises (l’ancien nom de Walt Disney Imagineering). Le principe : une chaîne de modules en déplacement continu, chacun pivotant à 180° selon une orientation préprogrammée, avec une coquille enveloppante qui cadre votre regard comme une caméra.

C’est ce qui permet de vous montrer exactement ce que les Imagineers veulent, au moment précis où ils le veulent.

Les figures qui s’animent dans le manoir et à Phantom Canyon sont des Audio-Animatronics : des robots qui reproduisent les mouvements humains grâce à une animation électronique et des mouvements hydrauliques. Cette technologie Disney est apparue pour la première fois à l’Exposition universelle (World’s Fair) de 1964.

Les voix et la musique du manoir

La narration de Phantom Manor a une histoire à elle seule. La voix originale du Phantom est celle de Vincent Price, l’acteur d’épouvante que beaucoup connaissent pour le clip Thriller de Michael Jackson (1982). Mais un accord avec les autorités françaises imposait une narration majoritairement en français. À l’ouverture, c’est donc Gérard Chevalier (qui avait déjà prêté sa voix à d’autres attractions, dont le Disneyland Railroad) qui parle, et il ne reste longtemps de Vincent Price que son rire dément.

Depuis la rénovation, la narration est devenue bilingue : vous entendez enfin l’enregistrement anglais de Vincent Price, aux côtés d’une version française enregistrée par Bernard Alane (la voix de Clopin dans Le Bossu de Notre-Dame).

Melanie, elle, ne prononce pas un mot : son personnage ne s’exprime qu’en vocalises. La chanson-thème de toutes les Haunted Mansion, "Grim Grinning Ghosts" (paroles de Xavier Atencio, musique de Buddy Baker, les mêmes qui ont écrit "Yo Ho Ho" pour Pirates of the Caribbean), provient d’un enregistrement a cappella réalisé le 17 février 1969, remastérisé dans une bande-son jazzy.

Quant à la musique de fond du manoir, elle a été composée par John Debney, en écho à la Danse macabre de Camille Saint-Saëns, et enregistrée aux studios Abbey Road de Londres avec le London Chamber Orchestra. Les sons les plus sinistres ont été travaillés avec Skywalker Sound.

Quand je fais une attraction, je réfléchis toujours à la manière dont je pourrais l’améliorer.

La rénovation de 2018

Le grand tournant de Phantom Manor, c’est sa rénovation menée en 2018. L’objectif : clarifier et renforcer l’histoire de Melanie et du narrateur, ajouter des décors, des illusions et des nouveautés. C’est cette version qui confirme officiellement que le Phantom est Henry Ravenswood.

Le chantier a été supervisé côté création par Tom Fitzgerald (directeur créatif et producteur exécutif) et l’Imagineer Daniel Joseph (effets spéciaux et illusions, fin connaisseur de l’œuvre de Yale Gracey). Côté Disneyland Paris, la directrice artistique Beth Clapperton et le responsable show design Bjørn Heerwagen ont piloté le projet, dans un esprit de collaboration entre Imagineers américains et équipes françaises.

Plusieurs centaines d’ouvriers et artisans (peintres, décorateurs, techniciens lumière, menuisiers, roboticiens, sculpteurs), en forte proportion locale, ont travaillé sur cette rénovation.

  • Une nouvelle introduction (Foyer et Galerie de Portraits) intégrant la voix de Melanie.
  • Les couronnes mortuaires des quatre prétendants ajoutées au Salon de Musique.
  • Une Crypte qui abrite désormais les tombeaux des quatre prétendants.
  • Une narration bilingue, avec la voix restaurée de Vincent Price et la nouvelle version française de Bernard Alane.
  • De nouveaux tableaux pour la Galerie de Portraits.
  • Un espace de rencontre avec des personnages Disney près du kiosque, avec un costume Mickey victorien-western réalisé par l’atelier couture.

Phantom Manor dans la famille des Haunted Mansion

Phantom Manor a beau être unique, il appartient à une grande famille d’attractions Disney. Il en reprend de nombreux clins d’œil (les bustes chantants, Madame Leota, l’horloge qui sonne treize coups, la tapisserie), tout en restant la seule version ancrée dans un univers western.

Attraction et parcParticularités
Haunted Mansion, Disneyland (Californie)Ouverte le 9 août 1969, dans New Orleans Square. Ambiance par Claude Coats, personnages par Marc Davis. Bâtiment néo-gothique.
Haunted Mansion, Walt Disney World (Floride)Dédiée le 1er octobre 1971, dans Liberty Square. Bâtiment de style antebellum.
Phantom Manor, Disneyland ParisOuverte en 1992, dans Frontierland. La seule version ancrée dans le western, avec une vraie histoire officielle (les Ravenswood).
Mystic Manor, Hong Kong DisneylandDéclinaison avec Lord Henry Mystic et le singe Albert, dans Mystic Point. Pas de fantômes au sens classique.

Les détails cachés et secrets de Thunder Mesa

  • La devise du manoir, gravée à l’entrée sur une plaque aux serpents entrelacés : "Non Omnis Moriar", du latin "je ne mourrai pas tout entier" (une citation d’Horace). Tout un programme pour une famille qui refuse de quitter ce monde, et un avertissement du Phantom.
  • Sur la façade, Melanie apparaît parfois à une fenêtre, une bougie à la main, passant d’une pièce à l’autre : un détail vivant que peu de visiteurs remarquent.
  • Le manoir des Ravenswood est visible depuis le train de la montagne ET depuis le pont du Riverboat : les trois lieux ont volontairement été pensés comme un seul ensemble.
  • À bord de Big Thunder Mountain, guettez les scènes animées : une chèvre qui tire sur une chemise étendue, des ânes attachés qui braient au passage des trains, et la dynamite qui fume sur la dernière montée. Autant de clins d’œil à la ville minière. Le Thunderbird lui-même se cache dans la roche : pour l’apercevoir, regardez vers le bas dans le virage juste avant d’entrer dans la mine, au moment de l’explosion qui suit le tremblement de terre.
  • Le linge qui sèche sur le fil, au début de la deuxième montée du train, appartient à Catfish Joe, un vieux pêcheur qui vit avec son chien de l’autre côté de la montagne. Vous le retrouvez d’ailleurs en train de pêcher quand vous faites le tour du lac à bord du Molly Brown : le même personnage se croise sur deux attractions, la preuve que tout Thunder Mesa forme un seul décor.
  • Les animaux de la montagne portent des noms choisis en clin d’œil : les deux ânes s’appellent Beth et Bjørn, et le bouc, Yon, en hommage à Beth Clapperton et Bjørn Heerwagen, deux têtes de l’équipe de conception (vous croisez déjà leurs noms plus haut, dans la rénovation de 2018).
  • Les commerces de la ville rappellent son passé minier : Fort Comstock à l’entrée, le Thunder Mesa Mercantile Building et le Lucky Nugget Saloon (fondé en 1858 par Miss Diamond Lill). Les enseignes prolongent le thème minier : Lucky Nugget signifie "la pépite chanceuse", le Silver Spur Steakhouse renvoie à l’argent (silver en anglais), et la boutique Eureka Mining Supplies reprend le "Eureka" que l’on lançait en trouvant une pépite.
  • Boot Hill, la colline qui domine Thunder Mesa, porte à la fois le manoir et le cimetière de la ville : un nom de cimetière typique de l’Ouest américain.
  • Le personnage de Maître Gracey, dans le manoir, rend hommage à l’Imagineer Yale Gracey, maître des illusions de fantômes.
  • L’ambiguïté sur l’identité du Phantom a été entretenue volontairement pendant des années, de l’ouverture en 1992 jusqu’à la rénovation de 2018.

Thunder Mesa regorge aussi de clins d’œil plus larges, communs à tout le parc. Pour les fameux Hidden Mickeys (ces silhouettes de Mickey dissimulées partout), voyez les Hidden Mickeys. Et pour les autres secrets disséminés dans Disneyland Paris, jetez un œil à les secrets de Disneyland Paris.

Si vous aimez ce genre de coulisses, d’autres backstories de la grappe peuvent vous intéresser : la backstory de Pirates of the Caribbean, celle de la Tower of Terror ou encore celle d’Indiana Jones.

Questions fréquentes

01Y a-t-il un âge minimum pour Phantom Manor, le manoir hanté ?

Non, Phantom Manor n’a ni âge minimum ni taille minimale : tout le monde peut y monter. C’est une attraction douce, sombre et à l’ambiance mystérieuse, mais sans effet réellement effrayant ni sensation forte. Les tout-petits sensibles à l’obscurité peuvent être un peu impressionnés, à vous de juger.

02En quelle année Big Thunder Mountain et Phantom Manor ont-ils ouvert à Disneyland Paris ?

Les deux attractions ont ouvert le jour de l’inauguration du parc, le 12 avril 1992 (le parc s’appelait alors Euro Disneyland). Big Thunder Mountain a la particularité d’être la seule des quatre montagnes Big Thunder du monde à avoir ouvert dès le premier jour de son parc.

03Qui est le Phantom de Phantom Manor ?

Depuis la rénovation, la version officielle révèle que le Phantom est Henry Ravenswood, le père de Melanie. Revenu d’entre les morts, il a empoisonné les prétendants de sa fille l’un après l’autre pour la garder auprès de lui. L’ambiguïté sur son identité a été entretenue volontairement pendant des années, de l’ouverture en 1992 jusqu’à la rénovation.

04Quelle est l’histoire de Big Thunder Mountain à Disneyland Paris ?

Big Thunder Mountain raconte l’histoire d’une montagne de l’Ouest américain pleine d’or et d’argent, gardée par le Thunderbird, un esprit du folklore amérindien. Les chercheurs y découvrent de l’or en 1853, mais quand la dynamite profane la roche, le Thunderbird se réveille et déchaîne sa colère. Le séisme de 1860 détruit la mine et la ville ; depuis, les locomotives filent seules autour de la montagne, sans conducteur. Le train minier emballé que vous vivez, c’est cette malédiction en action.

05Big Thunder Mountain, Phantom Manor et le Riverboat racontent-ils la même histoire ?

Oui. Les trois attractions appartiennent à la ville fictive de Thunder Mesa, et c’est un choix volontaire des Imagineers de Tony Baxter. L’or de la montagne fait la fortune d’Henry Ravenswood, qui bâtit la ville et le manoir. La profanation de la montagne réveille le Thunderbird, dont la colère provoque le séisme de 1860 qui tue les Ravenswood et condamne la ville. Le Riverboat, lui, fait le tour de la rivière et permet de voir tous ces lieux ensemble.

06Quels sont les secrets et détails cachés de Thunder Mesa ?

Parmi les plus marquants : la devise latine "Non Omnis Moriar" gravée à l’entrée du manoir ("je ne mourrai pas tout entier", d’après Horace), Melanie qui apparaît à une fenêtre de la façade une bougie à la main, le manoir visible à la fois depuis le train et depuis le bateau, et les scènes animées de Big Thunder Mountain (la chèvre, les ânes, la dynamite qui fume). Pour les Hidden Mickeys et les secrets de tout le parc, voyez les articles dédiés.

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