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Julie Ears
Histoire & backstory

L’histoire de Space Mountain à Disneyland Paris : trois récits sous un même dôme

De la Terre à la Lune, Mission 2, Hyperspace Mountain : trente ans d’histoire, le canon de Jules Verne et les coulisses de la montagne russe lancée dans le noir.

Julie
+200 visites depuis 2023 · Mis à jour le 13 juillet 2026
Le canon rouge et les flèches métalliques vertes de Space Mountain se dressent vers le ciel, à Discoveryland.

Space Mountain est l’attraction qui a lancé Disneyland Paris sur orbite en 1995, et c’est sans doute la plus chargée d’histoire de tout le parc.

En trente ans, elle a connu trois récits différents sous le même dôme : De la Terre à la Lune (1995-2005), inspirée du roman de Jules Verne et de son canon géant ; Mission 2 (2005-2017), un voyage au-delà de la galaxie ; et aujourd’hui Star Wars Hyperspace Mountain (depuis 2017), qui vous plonge dans la bataille de Jakku.

Derrière cette montagne russe lancée dans le noir se cache une lignée qui remonte à 1959 et au rêve spatial de Walt Disney lui-même. Dans cet article, je vous raconte la genèse, les coulisses des trois versions, la backstory complète du Gun Club de Baltimore, et une bonne dose d’anecdotes pour les fans. Si vous cherchez plutôt les infos pratiques (file d’attente, taille requise, sensations), tout est sur la fiche de Star Wars Hyperspace Mountain.

3versions sous le même dôme depuis 1995
1995année d’ouverture à Disneyland Paris
1,20 mtaille minimum requise aujourd’hui
3inversions sur le parcours actuel

La genèse : du Cervin au rêve spatial de Walt Disney

Pour comprendre Space Mountain, il faut remonter à 1959. Le 14 juin de cette année-là, Disneyland en Californie inaugure Matterhorn Bobsleds, une réplique au 1/100e du Cervin (le Matterhorn).

L’idée naît en 1958, pendant le tournage du film Le Troisième Homme sur la Montagne à Zermatt : Walt Disney envoie une carte postale du sommet à ses Imagineers (les ingénieurs-créatifs de Disney, contraction d’"imagination" et "engineer") avec une consigne tenant en deux mots, "Construisez-le !".

Cette attraction pose les bases techniques qui rendront Space Mountain possible : c’est le premier roller coaster (montagne russe) à structure métallique tubulaire, plus souple et plus sûre, capable de lancer plusieurs véhicules en même temps sur deux parcours imbriqués, et surtout de faire passer une partie du trajet en intérieur. C’est la société Arrow Development qui en signe le système de rails, et Disney fera de nouveau appel à elle, des années plus tard, pour concevoir ceux de Space Mountain. Un Yéti et des décors de glace y seront ajoutés en 1978.

Construisez-le !

Walt Disney, au dos d’une carte postale du Cervin envoyée à ses Imagineers (1958)

Walt Disney était fasciné par la conquête de l’espace bien avant les premiers vols habités. Entre 1955 et 1957, sa série télévisée Disneyland diffuse trois épisodes consacrés au sujet : Man in Space, Man and the Moon et Mars and Beyond.

C’est dans ce contexte qu’à la fin de l’année 1964, Walt imagine avec le designer John Hench, et sur les conseils de l’auteur de science-fiction Ray Bradbury, une idée neuve : la première montagne russe lancée dans le noir complet, qui serait le coeur d’un "Space Port" à Tomorrowland.

Le projet d’origine prévoyait quatre pistes, dont une partie en extérieur. La technologie n’était pas prête, et il faudra attendre l’informatique pour calculer un parcours aussi complexe et réguler le lancement des fusées en sécurité.

Le projet reste ensuite en sommeil pendant plus de dix ans. La mort de Walt Disney en 1966, puis la priorité donnée au chantier de Disney World en Floride, en repoussent la réalisation. Il ne sera relancé qu’après l’ouverture du Magic Kingdom en 1971, dont le succès inattendu auprès des adolescents et des jeunes adultes achève de convaincre Disney de bâtir cette montagne russe spatiale.

Le 15 janvier 1975, Space Mountain ouvre enfin au Magic Kingdom en Floride. C’est Edna Disney, belle-soeur de Walt et veuve de Roy O. Disney, qui l’inaugure à 84 ans. Sa silhouette conique, signée John Hench, est souvent comparée à celle du Mont Fuji.

Une version réduite à parcours unique ouvre ensuite en Californie le 27 mai 1977, inaugurée par six des sept astronautes du programme Mercury d’origine. Cette version sera dupliquée à Tokyo Disneyland (1983) puis à Hong Kong (2005). Pour les 50 ans de Disneyland Resort, sa réouverture se fera en présence de Neil Armstrong, avec une plaque reprenant une phrase chère à Walt.

C’est amusant de réaliser l’impossible.

Walt Disney ("It’s kind of fun to do the impossible")

Jules Verne, le canon Columbiad et Discoveryland

À Disneyland Paris, Space Mountain ne se trouve pas dans un "Tomorrowland" tourné vers le futur comme dans les autres parcs, mais dans Discoveryland, ouvert avec le parc en 1992. Ce land (un univers thématique du parc) rend hommage aux grands visionnaires, et tout particulièrement à Jules Verne et à son éditeur Hetzel, qui publiait ses Voyages Extraordinaires.

Vous retrouvez ces clins d’oeil partout : Le Visionarium (devenu Buzz Lightyear Laser Blast), l’Orbitron, le Café Hetzel, ou encore une fresque murale dédiée à l’auteur au Bureau Passeport Annuel.

Walt Disney et Jules Verne partageaient un profil commun : deux autodidactes visionnaires. Une citation attribuée à Verne, que Walt aimait reprendre, résume bien cet esprit.

Tout ce qu’un homme est capable d’imaginer, d’autres hommes seront capables de le réaliser.

Citation attribuée à Jules Verne, chère à Walt Disney

La version parisienne de Space Mountain s’inspire directement du roman de Jules Verne De la Terre à la Lune (1865). Dans ce récit, le Gun Club de Baltimore, un club d’artilleurs, construit un canon géant baptisé Columbiad pour envoyer un projectile habité vers la Lune. C’est ce canon, reproduit à l’échelle, qui trône devant l’entrée de l’attraction et qui sert d’amorce à toute l’histoire.

Devant le dôme, dans le lagon, vous croiserez aussi le sous-marin Nautilus de l’attraction Les Mystères du Nautilus, autre hommage à Verne.

Le projet Discovery Mountain, le nom de travail oublié

Avant de devenir Space Mountain, le projet portait un autre nom : Discovery Mountain. L’ambition était bien plus large qu’une seule attraction. Les Imagineers imaginaient un complexe entier réunissant plusieurs attractions et un restaurant dans un même espace, sur le thème "Le Feu et l’Eau". L’élément central prévu n’était d’ailleurs pas une fusée mais le Nautilus, tiré de Vingt mille lieues sous les mers.

Une variante envisageait même deux montagnes russes côte à côte : un "junior coaster" familial et un "senior coaster" plus proche du Space Mountain américain, avec une partie de piste à l’extérieur. Le projet fut abandonné en raison de sa complexité et de son emprise au sol.

Version 1 : De la Terre à la Lune (1995-2005), l’originale

Le chantier avait démarré en 1993, pour une ouverture deux ans plus tard. Inaugurée le 31 mai 1995 (et ouverte au public le lendemain, le 1er juin), cette première version prolonge directement le roman de Verne. Après leur voyage vers la Lune, les membres du Gun Club, le président Impey Barbicane, le capitaine Nicholl et le Français Michel Ardan, ont fondé la "Blue Moon Mining Company". Le club propose désormais à tout un chacun de vivre le même voyage lunaire.

L’accès se faisait soit par un pont longeant le Discovery Lagoon, près du canon, soit par "La Voie Stellaire", une promenade à pied face au Videopolis Theater qui deviendra plus tard l’entrée FastPass.

La salle d’embarquement, de style industriel, était décorée de drapeaux français en hommage à Michel Ardan, le héros tricolore du roman. Après l’annonce d’embarquement, le train-fusée était catapulté dans le canon, avec détonation et fumée, un clin d’oeil aux "400 000 livres de fulmi-coton" mentionnées par Verne. La devise du voyage : "Ad Luna in flamma gloria !".

En chemin, un "corps errant" (un astéroïde) déviait la trajectoire, exactement comme dans le roman, avec un hommage à la Lune au visage humain de Georges Méliès (Le Voyage dans la Lune, 1902). Le freinage final était assuré par l’"Electro-De-Velocitor", un dispositif électrique évoquant le Nautilus, avant un retour triomphal en fanfare.

Un des grands choix de cette version : une bande originale embarquée et synchronisée avec le parcours, signée du compositeur Steve Bramson. Il avait notamment travaillé sur la série Les Tiny Toons et sur Les Aventures du Jeune Indiana Jones, en collaboration avec James Horner.

Son thème, majestueux, puise dans deux inspirations citées par le livre : Claude Debussy, pour le côté impressionniste et mystérieux, et Gustav Holst, dont la suite Les Planètes apporte le souffle grandiose. La musique a été préparée en studio en Californie, calée lors de deux voyages à Paris, puis enregistrée à Los Angeles avec une soixantaine de musiciens.

À son ouverture, l’attraction revendique plusieurs premières mondiales : première montagne russe lancée dans le noir à combiner un départ catapulté, des inversions et une musique embarquée synchronisée. En 1996, elle reçoit le prix de la meilleure attraction décerné par la TEA (Themed Entertainment Association), une référence du secteur des parcs à thème.

Michael Eisner, alors PDG de Disney, a même crédité l’attraction (et son concepteur, l’Imagineer Tim Delaney) d’avoir aidé à sauver Disneyland Paris : son succès a soutenu le redressement financier du resort, en grande difficulté à l’époque.

La soirée d’inauguration de 1995 a réuni un casting inattendu : un comédien incarnant Jules Verne, juché dans son tonneau sur le canon, mais aussi Buffalo Bill, Annie Oakley, Elton John et l’astronaute Buzz Aldrin.

Le 7 octobre 1995, 500 jeunes Européens réunis à Videopolis ont même communiqué en direct avec la station spatiale russe MIR. Les collectionneurs, eux, garderont les pins, la médaille du 20e anniversaire ou encore le diplôme remis aux enfants trop petits pour embarquer.

Version 2 : Mission 2 (2005-2017), vers la Lune et au-delà

Pour le 10e anniversaire de l’attraction, Space Mountain change de récit le 9 avril 2005 et devient Space Mountain : Mission 2. La réflexion avait démarré dès début décembre 2003. Cette fois, le voyage ne s’arrête plus à la Lune : les "explornautes" partent au-delà de la galaxie découvrir les merveilles de l’Univers. Le circuit et les décors sont retravaillés, et un nouveau logo "Supernova" accompagne le changement.

La soirée d’ouverture, dans un esprit électro, était animée par le DJ Tiësto, avec la présence de l’acteur Vin Diesel.

La rénovation de 2015

En 2015, Disneyland Paris lance un plan de rénovation de dix attractions iconiques en vue de son 25e anniversaire. Space Mountain en fait partie : le dôme est repeint, la toiture, la corniche et l’enseigne Columbiad sont restaurées, les projections d’étoiles et de supernova passent entièrement en LED, et le système de pilotage du train (le "ride control") est modernisé.

C’est aussi à cette occasion qu’apparaît la file Single Rider, pour les visiteurs voyageant seuls.

L’attraction rouvre, toujours sous le récit Mission 2, le 27 juillet 2015, soit vingt ans après son inauguration d’origine.

Version 3 : Star Wars Hyperspace Mountain (depuis 2017)

Le 7 mai 2017, dans le cadre de la Saison de la Force, Space Mountain prend sa forme actuelle : Star Wars Hyperspace Mountain. Le récit bascule dans l’univers Star Wars.

Vous êtes embarqué dans la bataille de Jakku, qui oppose la Nouvelle République aux derniers tenants de l’Empire, un an après la bataille d’Endor. Aux commandes du récit : l’amiral Ackbar, un Destroyer Stellaire, des chasseurs TIE face à l’Escadron bleu, et bien sûr un passage en hyper-espace.

Cette version est l’évolution naturelle de Mission 2 après la rénovation de 2015. Elle a demandé douze mois de conception et quatre mois d’installation.

Le passage à Hyperspace Mountain ne s’est pas limité à un nouvel habillage. De nouveaux effets ont été ajoutés : des lasers et des projections sur neuf écrans répartis le long du parcours. Les trains-fusées ont été remplacés par des modèles au centre de gravité abaissé, avec de nouveaux harnais assurant une meilleure stabilité, et la taille minimum a été ramenée à 1,20 m.

La bande-son a elle aussi été refaite, à partir d’extraits de la musique des films Star Wars.

Côté décor, les tons cuivrés d’origine ont laissé place à un bleu céleste, avec des éléments de "canon" (engrenages, soleils, étoiles) et la déesse Diane représentée sur les harnais. Avant chaque ouverture, l’attraction est rodée avec des wagons lestés.

1,20 mtaille minimum (version actuelle, Hyperspace Mountain)
3inversions (sidewinder, corkscrew, boucle)
71 km/hvitesse de pointe (version actuelle, Hyperspace Mountain)
~2 mindurée du parcours

Le comparatif des trois versions

VersionPériodeRécitUnivers
De la Terre à la Lune1995-2005Le Gun Club de Baltimore vous catapulte vers la LuneJules Verne
Mission 22005-2017Voyage au-delà de la galaxie avec les explornautesScience-fiction Disney
Star Wars Hyperspace Mountaindepuis 2017La bataille de Jakku après EndorStar Wars
14 juin 1959

Matterhorn Bobsleds

La première "montagne" Disney ouvre en Californie et pose les bases techniques.

15 janvier 1975

Space Mountain Floride

La première Space Mountain ouvre au Magic Kingdom, inaugurée par Edna Disney.

27 mai 1977

Version Californie

Une version à parcours unique ouvre à Disneyland, inaugurée par des astronautes Mercury.

31 mai 1995

De la Terre à la Lune

L’attraction parisienne inspirée de Jules Verne est inaugurée (ouverture au public le 1er juin).

9 avril 2005

Mission 2

Nouveau récit au-delà de la galaxie pour le 10e anniversaire.

27 juillet 2015

Rénovation

Réouverture après une remise à neuf complète, toujours sous Mission 2, et arrivée de la file Single Rider.

7 mai 2017

Hyperspace Mountain

L’attraction bascule dans l’univers Star Wars avec la bataille de Jakku.

Anecdotes et secrets pour les fans

  • Les drapeaux français de la salle d’embarquement originale étaient un hommage à Michel Ardan, le héros tricolore du roman de Verne.
  • La déesse Diane, déesse romaine de la Lune et de la chasse, est représentée sur les harnais de la version actuelle, un clin d’oeil discret au thème lunaire d’origine.
  • La Lune au visage humain de la version De la Terre à la Lune rendait hommage au film Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès (1902).
  • Neil Armstrong, premier homme à avoir marché sur la Lune, a participé à la réouverture de la version californienne pour les 50 ans de Disneyland Resort.
  • C’est Edna Disney, belle-soeur de Walt, qui a inauguré la toute première Space Mountain en Floride à l’âge de 84 ans.
  • La silhouette conique de Space Mountain, signée John Hench, est souvent comparée à celle du Mont Fuji.

Space Mountain n’est qu’une pièce de la grande histoire du parc. Si le sujet vous passionne, vous pouvez prolonger avec la création de Disneyland Paris en 1992 et explorer toute l’histoire de Disneyland Paris. Du côté des backstories d’attractions, je vous recommande la saga de Thunder Mesa, l’univers narratif derrière Big Thunder Mountain et Phantom Manor.

Et pour préparer concrètement votre passage par le dôme bleu, retrouvez toutes les infos pratiques (file d’attente, taille requise, sensations, Single Rider) sur la fiche de Star Wars Hyperspace Mountain.

Questions fréquentes

01Quelles sont les différentes versions de Space Mountain à Disneyland Paris ?

Depuis 1995, Space Mountain a connu trois versions sous le même dôme. De la Terre à la Lune (1995-2005), inspirée du roman de Jules Verne, vous catapultait vers la Lune avec le Gun Club de Baltimore. Mission 2 (2005-2017) proposait un voyage au-delà de la galaxie. Depuis le 7 mai 2017, l’attraction est devenue Star Wars Hyperspace Mountain, qui vous plonge dans la bataille de Jakku.

02C’est quoi De la Terre à la Lune, la première version ?

C’était la version d’origine de 1995, directement inspirée du roman de Jules Verne De la Terre à la Lune. Le récit prolongeait le livre : le Gun Club de Baltimore proposait à tous un voyage lunaire à bord d’un train-fusée catapulté par un canon géant, le Columbiad. Le parcours comportait un astéroïde déviant la trajectoire et une musique orchestrale embarquée, signée Steve Bramson.

03Quelle est la taille minimum pour Star Wars Hyperspace Mountain ?

La taille minimum pour embarquer sur Star Wars Hyperspace Mountain est de 1,20 m. Elle avait été abaissée à cette valeur lors du passage à la version Star Wars en 2017, avec l’arrivée de nouveaux trains-fusées. Vous retrouvez tous les détails pratiques sur la fiche de l’attraction.

04Space Mountain fait-elle peur ?

C’est l’une des attractions les plus intenses de Disneyland Paris. Le départ est lancé, le parcours se fait dans le noir et comporte trois inversions (dont une boucle complète). Si vous êtes sensible aux montagnes russes rapides et aux retournements, elle peut impressionner. Pour les détails sur les sensations, consultez la fiche de Star Wars Hyperspace Mountain.

05Pourquoi Space Mountain est-elle liée à Jules Verne ?

Parce qu’à Disneyland Paris elle se trouve dans Discoveryland, un land dédié aux visionnaires comme Jules Verne. La version originale s’inspirait de son roman De la Terre à la Lune : le canon Columbiad reproduit devant l’entrée et le récit du Gun Club de Baltimore en sont directement tirés. Même après les changements de thème, le canon décoratif est resté.

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